21 février 2012

L'homme inquiet

Lu par Corine Humeau

9782757825099

Editions points policier

Henning Mankell, partageant son temps entre la Suède où il est né et le Mozambique, sa terre d’adoption, est un auteur prolixe. Comme pour ses destinations, sa production littéraire est variée puisqu’il explore aussi bien le genre policier d’espionnage « classique » que le roman social ou psychologique avec « Les chaussures italiennes » par exemple.

Paru en 2009, « L’homme inquiet » s’inscrit dans sa veine policière avec un personnage phare, le commissaire Kurt Wallander (et alter ego de l’auteur).
Le maillage du roman se resserre rapidement autour du commissaire puisque sa propre famille-les beaux-parents de sa fille unique Linda plus précisément- se trouve impliquée dans une affaire d’espionnage.
Kurt doit  démêler un écheveau inextricable où les fantômes des espions ayant sévi pendant la guerre froide semblent renaître.

Parallèlement à cette enquête, qui s’étire sur plusieurs mois et pendant ses propres vacances, Kurt est confronté à la déchéance physique qui le ronge. La vieillesse le talonne, lui apparaît sous les traits d’une ex amante en phase terminale d'une grave maladie qui veut lui faire ses adieux, et de son ex femme alcoolique. Lui-même en ressent les atteintes et son taux de glycémie est un sujet de préoccupation constant.

Comme tout le roman, l’issue laisse planer des doutes, une inquiétude. De nombreuses questions ne seront pas élucidées mais peut-on lever toutes les interrogations ? Finalement, cet homme inquiet que le personnage recherche, n’est-ce pas lui-même tout simplement et chacun d’entre nous face au temps qui poursuit son cours, inexorablement ?


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10 août 2011

Dans l'ombre

Lu par Jean Marc Croquin

livre

de Edouard Philippe et Gilles Boyer

JC Lattes - juin 2011

 

Une rumeur qui fait des morts.... et voici l'élection présidentielle qui prend un tour nouveau ! Entrainé par la fidèlité aux siens, un apparatchik se trouve au centre d'une intrigue noire et cynique où les ambitions politiques font ménage avec la mort.

Cette fiction haletante est due à un élu maire d'une grande ville et au conseiller politique d'un ancien premier ministre. Nul doute qu'ils n'aient fait un savant mélange entre inspiration romanesque et expérience personnelle. A mettre entre toutes les mains pour découvrir les dessous d'une campagne présidentielle...


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28 juin 2011

Boris Akounine

Lu par Lucie Péreira Da Costa
amant


Les avantages du syndrome grippal….

Comme j’offre depuis peu l’asile à un vilain virus, j’ai pu lire quelques livres que j’avais mis de côté. Je ne sais pas vous, mais moi quand je trouve un auteur qui m’intéresse, et qu’en plus il crée un personnage récurrent auquel j’adhère, je le dévore. Bon après, c’est l’overdose !
Il y a quelques années j’avais découvert Boris Akounine (B. Akounine !), nom de plume de Grigori Chalvovich Tchkhvtichvili, Géorgien auteur de roman policier. Erudit, sinophile et tombé dans la littérature policière par … hasard ou désœuvrement selon ses dires. J’avais donc dévoré ses livres puis oublié ces petites perles dans un recoin de mon étagère.

Qui est ce Boris Akounine ? Connu pour diverses traductions et publications, il est surtout le créateur du personnage de Eraste Fandorine, tordeur de fer à ses heures perdues, dandy mi-britannique mi- russe, détective hors pair, maître du déguisement, sorte de Sherlock Holmes sans pipe mais aux tempes blanchies lors d’une explosion qui tua son épouse et faillit lui ôter la vie dès les premiers recueils tout en le laissant bègue.
Ce héros, tout à la fois beau et rocambolesque, est flanqué lui aussi d’un acolyte, le fidèle Massa, (guerrier japonais qu’il rencontre dans Le Léviathan) et, comme le joueur de violon opiomane, rien ne l’intéresse plus que de défier la mort car il a des comptes à régler avec elle.

Il existe donc une série de 12 ouvrages consacrés à Eraste Fandorine dont j’avais en souffrance deux fois deux volumes  et ce qui devait arriver arriva : je me suis demandé pourquoi j’avais arrêté de lire la série.


L’amant de la mort et La maîtresse de la mort.  Oui, je sais, deux titres qui se ressemblent, deux histoires parallèles, cela fait factice. Non, niet ! Les deux livres se passent en même temps, Eraste Fandorine et Massa sont bien présents dans les deux mais le tour de force de l’écrivain est d’avoir fait deux enquêtes policières dans la même ville avec parfois des personnages qui se croisent. On peut lire ces deux histoires indépendamment l’une de l’autre, l’une après l’autre ou l’autre après l’une sans être gêné par ses entrelacs.
 mmaitresse
Nous sommes en 1900 en Russie et de nombreux suicides déciment la bonne société. Quelques beaux personnages secondaires apparaissent dans ces tomes : Sanka, petit gredin des bas-fonds, dégourdi qui commet l’erreur de voler un chapelet de jade au « chinois » et est pris sous l’aile protectrice des deux héros. Il y a aussi Colombine, jeune fille idéaliste et poète qui cherche une raison à la vie en se rapprochant de la mort. Il y a enfin la Maîtresse de la mort qui ébauchera une histoire d’amour avec Eraste, bien que, je rassure les amateurs d’histoires noires, ces deux tomes n’ont rien d’une bluette. Tout au long de ces deux tomes, Eraste Fandorine, fait ses deux enquêtes et essaie de régler son contentieux avec la grande faucheuse. Ceux qui le connaissent savent qu’il gagne toujours lorsqu’il défie la mort. A la roulette russe par exemple, le pistolet s’enraie toujours.

Le ton est jubilatoire, l’écriture est alerte, les événements se succèdent sans laisser au lecteur le temps de prévoir la suite, la fin est toujours étonnante. Enfin, coup de chapeau au traducteur : la langue est fluide et toujours recherchée, précise sans être poseuse.

Je vous les recommande donc, même si ce ne sont pas des parutions récentes.

Envie d'une petite biographie du bel Akounine? C'est ICI...

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09 avril 2011

Le touriste

Lu par Régine Bernot

 touriste

d’Olen Steinhauer Editions Liana Lévy
                           

Milo Weaver est un touriste d’un genre particulier, pas de ceux qu’on croise habituellement Place Saint-Marc. Lui utilise, plutôt que l’appareil photo, un Walther. Il est espion, de la catégorie  « touriste », cette cellule de la CIA qui concerne des missions très secrètes. Outre quelques morts et une blessure, la mission vénitienne lui  permet de rencontrer Tina qui deviendra sa femme.

Devenu simple fonctionnaire de la CIA, Milo pensait pouvoir vivre sa vie de famille entre son épouse et sa fille. Sauf que, pour retrouver la trace du Tigre, un tueur à gages insaisissable, il replonge dans le milieu trouble des "touristes". Les péripéties de l’affaire nous entrainent à sa suite sur les traces du tueur, dans divers lieux des Etats-Unis mais aussi en France, en Allemagne et en Suisse. L’on y croise une multitude de personnages, inquiétants et ambigus, cachant leur part d’humanité derrière un masque de cynisme. Milo Weaver n’est plus qu’un homme traqué.

Cette intrigue policière, bien documentée et rigoureuse dans sa construction,  est haletante de bout en bout de ses 523 pages.
Dés le début,  plongé dans l’action trépidante de l’intrigue, on fait connaissance avec le héros de l’histoire, ce touriste d’un genre particulier, mal dans sa peau, aux idées suicidaires et dont l’enfance semble receler quelques mystères. C’est justement ce qui le rend humain et attachant et nous décide à le suivre quoi qu’il arrive.

Les personnages, nombreux, ont des personnalités qui les rendent crédibles. Les évènements, tout droit sortis de l’imagination de l’auteur et mêlés avec talent et parcimonie à quelques évènements mondiaux, bien réels ceux-là, ont de tels accents de vérité que l’on gobe le tout goulument. On dévore le roman sans reprendre souffle et ce, jusqu’à la dernière miette…euh, page !

De trahisons en manipulations, de menaces en meurtres, les rebondissements n’en finissent pas. Le style, trépidant et incisif, participe au rythme soutenu du récit. Et même si l’on se perd parfois dans les méandres complexes et secrets de l’intrigue, on poursuit la lecture, addict à une histoire qui s’emboite comme des poupées russes.

Et quand, tout à coup, on croit avoir tout compris de l’intrigue et qu’on voit se profiler le dénouement,  l’auteur, en virtuose du suspense, nous sort une nouvelle Matriochkas.  

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02 mars 2011

Enfant 44

 Lu par Régine Bernot

 enfant44

Tob Rob Smith /Editions Belfond

                                                                                 

Quelque part en Ukraine en 1933, au milieu de l’hiver : on meurt de faim et, pour survivre dans cette région désolée, les enfants doivent avoir de la ressource.

Vingt ans plus tard, autre lieu, autres personnages. Nous sommes à Moscou. Leo Stepanovitch Demidov, agent du MGB, promis à un grand avenir, est chargé de l’enquête sur la mort d’un enfant. Il occupe un poste envié d’officier au ministère de la Sécurité d’Etat. L’auteur nous décrit  un homme jeune et fort, convaincu du bien fondé de ses missions et qui officie avec un zèle dénué d’états d’âme. Propulsé dans la police secrète grâce à ses exploits militaires et la foi inébranlable en son pays, Leo est l’archétype même du parfait communiste fidèle aux préceptes de Staline. Il suffira d’un grain de sable, le meurtre d’un enfant classé comme accident et la jalousie féroce d’un rival pour que le héros au caractère trempé dans l’acier, voie ses certitudes se fissurer peu à peu. L’auteur, en le transformant en victime, le rend soudain plus humain à nos yeux.

Frissons garantis avec ce roman abrupt et haletant qui plonge le lecteur dans le monde hostile et brutal de l’Union Soviétique dans les années 50.

Avec un talent subtil, Tom Rob Smith enlève une à une les pelures du héros confronté à de nombreuses vicissitudes et désillusions et rongé par un secret qu’on ne découvrira que dans les dernières pages.

L’auteur a su mêler avec brio l’histoire intime de son personnage avec l’Histoire de la Russie Stalinienne. Le résultat est d’une grande réussite. Ecrit dans un style alerte, alternant récit et dialogues, l’intrigue déroule ses méandres sans émousser mon intérêt. Et les apports documentaires, bien insérés dans le récit, m’ont fournis les  éclaircissements nécessaires pour la compréhension de l'histoire.

Tom Rob Smith place son intrigue policière dans  une dimension historique de grande envergure. Il nous emmène au cœur du système soviétique. Ses personnages savent être attachants ou inquiétants. Ajoutons à cela un rythme trépidant et vous comprendrez pourquoi on ne lâche ce livre qu’une fois le mystère résolu.

Pari tenu pour l’auteur qui, semant des indices avec subtilité, nous captive avec une histoire maitrisée de main de maitre, à l’intrigue fort bien ficelée.

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18 février 2011

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

Lu par Frédérique Panassac

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(Thierry Jonquet)

Ce roman de Thierry Jonquet paru en 2006 a pour cadre le 9-3, le département de Seine St Denis. Il l'a écrit juste après les émeutes qui ont enflammé les banlieues en 2005 faisant suite à la mort, le 27 octobre, de deux adolescents dans un transformateur électrique.
C'est une illustration magistrale de la dérive de certains jeunes immigrés de la deuxième ou troisième génération, vivant dans les cités, qui pour la plupart ont perdu leurs repères affectifs et moraux, et sont la proie facile du radicalisme religieux, de la criminalité, et souvent d'une alliance des deux.

Sont mis en exergue deux destins qui se croisent. Celui d'Anna Doblinsky, jeune professeur de français effectuant sa première rentrée dans un collège du 9-3: elle doit apprendre à gérer les "apprenants" dans "l'espace-classe", selon le jargon bien spécifique de l'IUFM, dont T. Jonquet se gausse avec délectation.
Et d'un de ses jeunes élèves, Lakdar Abdane, fils d'un employé d'origine algérienne qui assume seul son éducation. Lakdar, à la suite d'une bavure médicale, a perdu l'usage de sa main droite alors qu'il était promis à une brillante carrière de dessinateur.

Bientôt commencent la navigation périlleuse de la jeune enseignante et la terrible dérive du jeune garçon méritant. Profondément meurtri, ce dernier écoute les sirènes de l'islamisme radical, tandis qu'Anna, qui lutte pour imposer son autorité, tente d'échapper à un antisémitisme viscéral dont une collègue a été victime avant elle.

Thierry Jonquet se glisse dans la peau des jeunes de banlieue, épousant leur mentalité dans des monologues intérieurs qui reflètent leurs réflexes langagiers par l'usage du verlan et de simplifications péremptoires.

Pour Lakdar, la violence va agir comme une drogue pour apaiser son sentiment d'injustice. Il va se croire autorisé à se venger de la manière la plus instinctive qui soit, sur plus faible que lui, dans une fuite en avant aussi criminelle qu'irréfléchie.

Anna, sa vocation sincère bridée par la stupidité des théoriciens et la passivité de l'administration, Lakdar, victime et bourreau à la fois, évoluent dans deux univers marqués par les frustrations et par l'échec.

L'analyse de Thierry Jonquet s'incarne dans des personnages poignants et des rôles secondaires nobles ou pathétiques, dont chaque modèle existe dans le milieu éducatif. Le récit est charpenté par des convictions politiques qui ne sont pas assénées lourdement mais finement distillées dans les dialogues.

Le titre du roman est emprunté à Victor Hugo. Il est extrait d'un poème qui tire les leçons de la révolte des Communards. Le poète dénonce les fautes de la bourgeoisie qui, n'ayant concédé aucun droit aux prolétaires, leur a permis d'errer sans but dans l'obscurité. Il s'adresse à la classe des possédants en ces termes:

"Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte".

Poème cité p. 288 du roman dans l'édition de poche Points Seuil.


A la mémoire de Thierry Jonquet,
l'association Toulouse Polars Sud
organise un concours de nouvelle
Ici, vous trouverez le règlement.

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28 janvier 2011

La chambre des morts

Lu par Frédérique Panassac

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La chambre des morts (Franck Thilliez)

Editions Passage 2005

Franck Thilliez est né en 1973 à Annecy. Il est ingénieur en nouvelles technologies.

La Chambre des morts a reçu le prix des lecteurs Quais du Polar 2006 et le prix SNCF du Polar français 2007.

Le roman commence par un malheureux accident de la circulation. Deux amis, Vigo et Sylvain, écrasent un homme dans un champ d’éoliennes. Ils venaient de commettre un méfait insignifiant, les voilà maintenant meurtriers. Mais il se trouve que près du cadavre de l’homme gît un sac de sport contenant deux millions d’euros.

Culpabilité et morts violentes s’imbriquent alors dans une course folle, fuite en avant sans retour. Car l’homme qu’ils ont tué est lié à la mort d’un enfant : une petite fille enlevée et assassinée par un criminel impitoyable qui fige un sourire de poupée sur le visage de la morte.

Deux hommes, ni pires ni meilleurs que les autres, des Français moyens que rien ne destinait à commettre l’irréparable vont entrer dans la spirale du crime.

Sans dévoiler l’intrigue il est permis de dire qu’intervient ensuite un mystérieux taxidermiste collectionneur d’animaux naturalisés d’un genre très particulier, et que l’enquêtrice, mère célibataire de petites jumelles, va être entraînée au plus profond d’un enfer abject.

Le style de Franck Thilliez martèle le sentiment de culpabilité au cœur même du crime. La faute qui doit entraîner le châtiment mérité hante en effet les acteurs du drame.

Chaque image, chaque métaphore sont comme un coup de poing à l’estomac qui nous laisse pantelants, incrédules et horrifiés.

Dans cette région lilloise marquée par son passé minier, une traque sans merci va se dérouler entre les corons et les terrils. La peur et la lâcheté vont causer plus de dégâts encore que la volonté de nuire. La précarité sociale imprime son empreinte sur le comportement humain qui en est altéré. À l’origine des actes se distingue une causalité complexe donnant une tragique impression d’inéluctable. Un très beau roman.

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26 décembre 2010

Au bon roman

Lu par Frédérique Panassac

au_bon_roman

Laurence Cossé
Livre paru chez Gallimard en 2009 puis dans la collection de poche Folio de Gallimard également en 2009 (459 pages)

C'est en même temps un roman noir et un roman sur la littérature. Sur le rôle qu'elle joue dans notre vie pour peu que nous choisissions de lire les "bons romans".

La démarche paraît un peu élitiste et c'est justement ce dont auront à se justifier les protagonistes principaux de cette histoire.

Tout commence par le récit de plusieurs agressions dont sont victimes des membres d'un comité d'auteurs, voués à choisir pour une nouvelle librairie, de "bons romans" et à en dresser la liste.
La librairie a pour enseigne "Au bon roman", ce qui annonce la couleur.
Le livre relate de manière entrecroisée l'enquête sur les agressions et le parcours semé d'embûches de deux libraires, Yvan et Francesca, secondés par plusieurs employés dévoués à cette cause.

Ils prétendent ne proposer à leurs clients que de bons romans, dont chaque membre d'un comité secret est chargé d'établir une liste renouvelable.
Ils excluront de cette liste les romans d'auteurs comme Marc Levy ou Dan Brown (jusque là tout est normal...) mais aussi l'œuvre de Houellebecq (tiens, tiens...) pour leur préférer des auteurs, connus ou moins connus, qu'ils jugent indispensable d'avoir lus au cours de sa vie.

Cette démarche exaspère la concurrence et l'équipe, dont la librairie a pu ouvrir au carrefour de l'Odéon grâce au financement de Francesca, une riche héritière,  se trouve en butte à des manoeuvres déloyales, tentatives de déstabilisation, articles sournois dans la presse.

L'enquête sur les agressions progresse lentement et l'auteur met ce temps à profit pour proposer à notre curiosité des titres de romans et des noms d'auteurs à connaître de toute urgence. Parallèlement ,une histoire d'amour peu conventionnelle se noue entre les personnages.
L'auteur finit par nous faire complètement oublier toutes les accusations d'élitisme au profit de la narration assez complexe qui noue de nombreux fils aboutissant finalement à la sortie du labyrinthe, non sans faire de victimes collatérales.
On a peine à résister à prendre des notes en lisant le roman: pour échapper à cette tendance on pourra toujours utiliser de nombreux marque-pages pour pouvoir noter tous les passages d'un bloc après avoir fini de lire.
Il ne faut pas non plus se laisser décourager par certaines digressions, mais pas pour autant lire en diagonale de peur d'échapper à de nombreux joyaux comme ce passage sous la plume de Francesca:
"Nous voulons des livres nécessaires, des livres qu'on puisse lire le lendemain d'un enterrement, quand on n'a plus de larmes tant on a pleuré, qu'on ne tient plus debout, calciné que l'on est par la souffrance;" "Nous voulons des livres écrits pour nous qui doutons de tout, qui pleurons pour un rien, qui sursautons au moindre bruit derrière nous."
J'ajouterai que le narrateur de ce roman ne nous est connu que dans les toutes dernières pages.

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13 décembre 2010

zigzag

Lu par Fabienne Rivayran
zigzag
Recueil de nouvelles
Marc Villard. Jean Bernard Pouy
Editions Payot et rivages 2010 collection « rivages noirs »

Ces deux auteurs n’en sont pas à leur première tentative de tenir une plume à quatre mains (voir Tohu Bohu et Ping Pong)

Sur ce coup là, ils ont décidés de la jouer en Zigzag !

Le principe : 10 mots choisis par chacun des auteurs parmi ses thèmes favoris et offerts à son complice qui s’en débrouille.

Voilà donc Marc Villard tricotant 10 nouvelles autour de thèmes aussi variés que le vélo, la Bretagne, le cinéma expérimental, les libertaires, les citations philosophiques, la vache, le rock’n’roll, la peinture, le train et la patate.

Quant à JB Pouy, il va se mettre à cuisiner 10 textes avec des ingrédients aussi divers que le foot, Barbès, la vie de famille, les immigrés, les flics pourris, les tueurs à gages, le jazz, la drogue, les éducateurs et les halles.

Ce fût un plaisir pour moi de retrouver JB Pouy dont je commence à apprécier sérieusement le style, qu’il soit habillé en Poulpe ou pas. Je me suis régalée de son humour féroce (Le match de la dernière chance, Cornélien) sous lequel pointe une bonne dose d’humanité (Sous la douche, L’envol du graph)

Marc Villard, je l’avoue, je le connais moins. Alors l’occasion était toute trouvée d’approfondir mes relations avec ce monsieur. J’ai adoré me laisser surprendre par sa vision de la Bretagne (Western), bien loin des cartes postales, par son approche de la race bovine (Mammifère ambulant) ou sa manière de cuisiner la patate (La cuisine de Dante)

Au total, 20 bijoux bricolés par deux potes préoccupés du seul plaisir de jouer avec les mots.
Quand je suis arrivée à la fin, j’en aurais bien pris encore une petite tranche !

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13 novembre 2010

Ad vitam aeternam

Lu par Frédérique Panassac

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de Thierry Jonquet (Editions du Seuil, 2002)

Une jeune femme qui vient de sortir de prison rencontre dans un square parisien un homme pour le moins énigmatique et va nouer avec lui des relations peu communes: bien loin d'un récit conventionnel.
Elle découvrira que cet homme est dépositaire d'un lourd secret.

Thierry Jonquet par le biais d'une simple description physique qui revient comme un leitmotiv fait apparaître des personnages qui,de prime abord ,n'en font qu'un. Il nous met ainsi insensiblement sur la voie d'une révélation absolument incroyable.

Incroyable et qui a pourtant d'emblée notre assentiment total.

Dans ces lieux qui sont devenus familiers aux lecteurs de romans noirs (le 10ème arrondissement parisien, les bords du canal St Martin,  l'hôpital St Louis, la rue Bichat), la Mort rôde et n'est pas étrangère au mystère, secondée dans sa tâche par un tueur à gages atypique qui commence à douter de sa mission.

Thierry Jonquet nous captive tout en abordant des thèmes très contemporains, la place des exclus, la solitude au milieu des villes, les débordements de toute sorte, souvent violents.
Il n'a pas son pareil pour provoquer la réflexion sur la société dans laquelle des horreurs se déroulent sous les yeux indifférents de tous; sur la vie que l'on mène sans y songer; sur l'immortalité.


ICI, une bio de l'auteur, décédé en 2009

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